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Bulletin de l'amicale (2019) - La chittagong fiber s’exporte vers l’ouest

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La chittagong fiber s’exporte vers l’ouest

Mon cher Alphonse …

La Chittagong Fiber Corporation (CFC) s’est fixé pour objectif d’augmenter le volume de ses ventes de textiles à l’international de 30 % en 3 ans.

Chittagong (1976)

C’est dans ce cadre qu’une mission m’a été confiée, qui consiste à étudier les possibilités d’exporter des cotonnades vers des pays européens peu visités jusqu’à présent.

La CFC dispose d’une assise solide dans un building flambant neuf de verre fumé aux bureaux design équipés des derniers outils informatiques et multimédia. La plupart des cadres supérieurs ont été formés aux États-Unis et, même s’ils ont gardé leur accent bengali, on pourrait par moment se croire en Californie.

La rue cependant nous rappelle à la réalité, choc thermique dès que l’on quitte le royaume de l’air conditionné, choc de la pauvreté étalée nuit et jour sur les trottoirs, choc de voir des « rickshaws », ces petites carrioles tirées par un être humain vêtu de guenilles.

La limousine noire avec chauffeur est là devant l’immeuble pour me conduire dans les administrations en compagnie d’un collaborateur qui me facilitera les contacts. Et là encore, c’est le paradoxe : immeubles lézardés datant de l’époque de l’empire des Indes, escaliers crasseux où les crachats de bétel ont laissé des traces rougies.

Une équipe pléthorique d’employés envahit les vastes bureaux qui nous ramènent à la fin du 19ème siècle. Tout marche ici au ralenti au rythme de quelques vieux ventilateurs qui pendent du plafond et qui s’échinent en vain à rafraîchir l’atmosphère.

Des piles de dossiers jaunis, qui penchent dangereusement, s’entassent sur les armoires et les fonctionnaires de service continuent de remplir des feuilles et des feuilles qui finiront par faire écrouler l’édifice précaire.

Tout est fait ici pour donner un emploi à chacun, depuis le porteur de classeurs jusqu’au « tea boy » qui, toutes les deux heures, propose un thé au lait aux administratifs qui n’auront pas ainsi à se déplacer.

Il me faut généralement plusieurs heures pour obtenir les quelques tampons officiels qui me permettront d’officialiser les documents que je présente. Mais, comme la notion de temps ici ne compte pas, j’ai appris en quelques mois à gérer mon stress et à gagner en philosophie.

Le week-end, mon boss et son épouse m’invitent dans leur club. Ce sont des inconditionnels du golf, et ils m’entraînent sur des parcours de rêve, maintenus dans un état impeccable par une armée de jardiniers. Les caddies donnent d’excellents conseils sur le club à choisir en fonction de la distance et, quand ils s’amusent entre eux à taper dans la balle, on voit qu’ils possèdent un style parfait que je n’arriverai jamais à acquérir.

Je n’ai encore eu que très peu de temps pour visiter le pays et réserve ce plaisir pour la dernière semaine de mon séjour, une fois mon stage terminé.

Voilà en quelques flashes mon quotidien à Dacca, qui me permet d’approcher une civilisation très différente de la nôtre, dans ce pays musulman où le fanatisme n’est pas de mise.

Je suis toujours étonné que la vue de la richesse n’entraîne ici aucun regard d’animosité de la part de la population, comme si l’essentiel pour eux n’était pas l’argent, comme s’ils acceptaient leur sort misérable avec résignation, en pensant à un monde meilleur. L’influence hindouiste serait-elle encore présente ?

Voilà, mon cher Alphonse, les dernières nouvelles.

Je t’espère en excellente santé.

Michel Solanet